Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /Jan /2010 09:11

momie2
Il est tard. Annie est dans son lit et n’arrive pas à trouver le sommeil. Un coup d’œil sur le radio réveil lui indique que cela fait deux heures, deux longues heures, qu’elle s’est mise au lit. Elle a tout essayé et a changé de position à maintes reprises, sur le ventre, sur le dos, sur le côté, mais le résultat est à chaque fois le même : Morphée se refuse à lui ouvrir les bras et à l’accueillir.

Cependant, au-delà du fait qu’elle ne trouve pas le sommeil –ce qui n’est pas coutumier chez elle, ce qui l’inquiète le plus c’est qu’elle se sent très faible et qu’elle ressent une douleur dans tout le corps. Sa respiration se fait difficile et haletante. Aussi, elle essaie de songer à autre chose, elle tente de se remémorer des instants joyeux de sa vie qu’elle voit maintenant défiler devant ses yeux. Elle se sent alors prise par un sentiment étrange, comme par une sorte de culpabilité. La culpabilité de ne pas avoir donné à sa vie le sens qu’elle aurait du lui donner.

Aînée d’une fratrie de quatre, elle a grandi dans une famille modeste, dans une cité lambda de la région lyonnaise. Elle n’a connu son père que très peu et n’en garde aucun souvenir : volage, il s’en est allé vers d’autres horizons lorsqu’elle avait à peine cinq ans.

Sa mère a donc du trouver du travail pour subvenir aux besoins de la famille. Ce ne fut pas toujours très facile. Annie s’est ainsi vue confier la charge de ses frères et la responsabilité du foyer pendant que maman travaillait. Elle n’a pour ainsi dire pas eu d’enfance, elle a grandi trop vite.

Elle en a connu des fins de mois difficiles et, voyant sa pauvre mère passer d’un travail ingrat à un autre, elle s’est promis, très tôt, que cela ne lui arriverait pas une fois adulte, qu’elle ferait tout pour éviter cela. Cette expérience lui a forgé un caractère de battante, de femme prête à tout pour réussir et arriver à ses fins. C’est pourquoi, elle n’a jamais hésité à mettre en avant les atouts dont Dame Nature l’avait comblée. Elle ne se souvient pas que quelqu’un ait un jour résisté à ses charmes.

Maligne, elle a su échafauder des stratégies pour attirer des hommes importants dans ses filets et s’en servir à bon escient. Très jolie et manipulatrice, elle pouvait leur faire faire ce qu’elle voulait : se faire embaucher, avoir une promotion, se faire offrir de beaux cadeaux, etc. D’aucuns y verraient là une sorte de vengeance inconsciente dirigée contre son père, ce grand absent dans sa vie, coupable de tous ses malheurs.

Consciente que l’on acquiert ce l’on veut à la force du poignet, elle n’a jamais dans le sentiment et a souvent écrasé d’autres personnes en travers de son chemin pour arriver à ses fins. Elle ne s’est jamais liée à personne, ses relations avec les hommes n’étaient qu’éphémères et ne duraient que le temps dont elle en avait besoin. Les hommes, selon elle,  sont traîtres et  s’attacher à quelqu’un peut s’avérer être nuisible. Elle l’a vu avec sa mère qui a beaucoup souffert de s’être entichée d’un homme, beau parleur, qui lui avait promis monts et merveilles.

Aujourd’hui, seule, en plein milieu de la nuit, clouée dans son lit et ne trouvant pas le sommeil, elle regrette le mal qu’elle a fait autour d’elle. Elle regrette de s’être servie ainsi de toutes ces personnes qui auraient mérité plus de considération. Elle regrette de n’avoir porté aucune attention à leurs sentiments, à leurs désirs. Aussi, elle se promet que, dès demain, elle reprendra contact avec certaines d’entre elles –car elle sait qu’il est impossible de les retrouver toutes, ou alors il faudra du temps- pour leur demander pardon d’avoir agi de la sorte.

« Dès demain, c’est promis. » Et voilà qu’elle sent sa poitrine se libérer d’un énorme poids, comme si quelqu’un le lui ôtait. La voici soulagée. Sa respiration redevient lente et ses yeux suivent une lumière qui monte lentement au plafond. Elle ne les fermera pas. C’est sa mère qui le fera le lendemain matin lorsqu’elle entrera dans sa chambre.

Par youssef
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Samedi 2 janvier 2010 6 02 /01 /Jan /2010 12:10

tempete2.jpg Certaines personnes, qui avaient pu en percevoir les signes précurseurs, l’avaient annoncée. « Ce sera une tempête terrible, une tempête d’une ampleur inégalée à ce jour et aux conséquences désastreuses ! Attention, prenez garde ! Ce sera la tempête du siècle. » disaient-elles à qui voulait l’entendre.

 

Cependant, la plupart des gens, préoccupés par des soucis autres, firent peu de cas de ces mises en garde répétées et ne prirent pas la menace au sérieux. Aussi n’ont-elles pu se prémunir de ce danger qui les guettait.

Ainsi vint le jour où elle apparut et balaya tout sur son passage. Tout le monde en a entendu parler. Ce fut une tempête d’une force incroyable, une tempête dont il sera difficile d’enrayer les effets. D’éminents spécialistes, qui se penchés sur le sujet, se sont rendus compte que les prévisions étaient exactes et que cette tempête s’était installée depuis longtemps et que notre insouciance lui avait donné l’occasion de prendre de l’ampleur.

Son nom ? Catharina ? Klaus ? Lothar ? Martin ? Non, rien de cela : c’est le vingt et unième siècle. Etonnant, non ?

Cette tempête a, comme je le disais, fait table rase de toutes les valeurs auxquelles nous étions attachés, toutes ces valeurs que l’on nous avait inculquées dès le plus jeune âge : famille, travail, respect de soi et des autres, tolérance, solidarité, etc. Tout a disparu sur son passage. Seuls quelques endroits bien abrités n’ont été que peu atteints. Certains avaient pris leurs précautions.

Sur leurs ruines, d’autres notions étranges et très résistantes essaient de prendre racine : culte de l’image, égocentrisme, égoïsme, argent facile, manque de respect, injustice, etc. Et personne n’est épargné. Nous assistons parfois à des scènes qui feraient retourner nos grands-parents dans leurs tombes.

Les jeunes ne cèdent plus la place à leurs aînés dans les transports en commun et les salles d'attente. Les gens se méfient les uns les autres. Le salut n'est plus de rigueur lorsque l'on croise quelqu'un. On rentre chez soi et on s'enferme à double tour, le fantôme de l'insécurité rôdant tous les soirs.

Au quotidien, nous voyons des jeunes, en marge du système -volontairement ou pas- traîner dans les rues, non pas à la recherche d’un travail mais à la recherche de plaisirs futiles et d’argent facile. Aussi ne donnent-ils pas le respect qui leur est dû ni à leurs aînés ni aux lieux qu’ils fréquentent. Ces jeunes parlent une langue qui a ses propres codes mais que l’on n’enseigne nullement sur les bancs de l’école. Ils ne croient plus en l’avenir. Et, de surcroît, ils sont malmenés par les forces de l’ordre qui, lorsqu’elles s’adressent à des jeunes, ne les ménagent pas, loin de là.

Lorsque l’on regarde plus haut, dans les hautes sphères de nos dirigeants, nous pouvons aisément nous rendre compte que la plèbe ne fait guère partie des préoccupations politiciennes. Ce qui intéresse avant tout c’est la promotion et l’enrichissement personnels.

Les exemples sont nombreux mais vous aurez compris que les séquelles et les conséquences de cette tempête-là se feront sentir pendant très longtemps.

Tout a changé. Ce fut une tempête terrible.

Par youssef
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Vendredi 1 janvier 2010 5 01 /01 /Jan /2010 21:44

Vendredi matin, 6 h30, sur une aire d’autoroute entre Orange et Avignon, Michel est réveillé par des bruits de moteur et des voix de camionneurs qui s’apprêtent à reprendre la route après une nuit de repos bien méritée. Il a du mal à distinguer les silhouettes tout près de son véhicule dont les vitres sont toutes embuées et il pressent un mal crâne horrible. Il n’a pas assez dormi et il se sent vaseux. Il n’aime pas du tout se retrouver dans cet état là.

Il met quelques minutes avant de recouvrer ses esprits et descend de son véhicule pour se diriger vers les toilettes de la station service. Son pas est lent et maladroit. Une fois soulagé, il se débarbouille le visage dans le lavabo. « T’as vraiment une sale gueule, Michel. » se dit-il. « Si j’savais pas que c’était moi j’aurais pris peur. » Effectivement, après une soirée bien arrosée et deux heures à peine de sommeil, il n’est vraiment pas beau à voir.

Le problème avec Michel, et tous ses amis –enfin, ceux qui ont gardé contact avec lui- sont d’accords sur ce point, c’est qu’il boit trop. Cependant, lui a longtemps refusé de reconnaître qu’il avait un problème d’alcool.

Au début, il s’agissait simplement d’un alcool festif. Il buvait à l’occasion de fêtes, de soirées organisées pour un événement spécial, un anniversaire, un mariage, etc. Puis, peu à peu, cela s’est installé dans sa vie, un apéritif, un verre ou deux pendant les repas jusqu’à ce que les occasions deviennent plus régulières, jusqu’à en être aujourd’hui –et c’est ce le plus malheureux- dépendant.

Depuis cinq ans, il n’y a pas un jour où il n’a pas bu une goutte d’alcool. Pourquoi ? Qu’est-ce qui l’a conduit là ? Il n’en sait rien, il serait incapable de le dire.

Commercial brillant, à l’avenir prometteur, il a tout perdu. Ce fut d’abord son travail, suite à une suspension de permis pour conduite en état d’ivresse et, comme il a récidivé dans les six mois, celui-ci lui a été retiré. Ensuite, sa femme l’a quitté, emmenant avec elle leurs deux enfants. Elle avait pourtant essayé de rester à ses côtés dans cette lente descente aux enfers ; elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour le soutenir et l’aider à remonter la pente. Il aurait pu rester auprès des siens avec la seule volonté de s’en sortir. Seulement, à force de broyer du noir et de noyer ses soucis dans l’alcool, il n’avait de cesse de penser que le monde entier lui en voulait.

Petit à petit, il a commencé à devenir invivable et ses proches et amis se sont également détournés de lui et de ses sautes d’humeur. D’ailleurs, il avait du mal à s’entendre seriner qu’il devait consulter et suivre une thérapie. « Non, je n’ai aucun problème. Je supporte très bien l’alcool. Je peux arrêter quand je veux », leur disait-il fièrement. « Et puis si vous êtes pas contents, allez vous faire foutre ! Laissez-moi tranquille. »

Tous avaient pourtant essayé de lui tendre la main mais la situation était vraiment devenue insupportable.

Aujourd’hui, en se regardant dans ce miroir, il se dit qu’il a vraiment un problème. En même temps, il ne peut s’en passer. Chez lui, il a planqué des bouteilles partout. Il boit pour oublier. Pour oublier quoi ? Ses problèmes ? Pour oublier qu’il a une existence minable ? Qu’il a complètement raté sa vie ?

Il pleure à chaudes larmes. Il ne sait vraiment que faire ni vers qui se tourner. Les seules connaissances qu’il lui reste ce sont des gens comme lui. Aura-t-il la force de résister à la tentation ?

Aujourd’hui, il est à deux doigts de commettre l’irréparable.

Par youssef
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Vendredi 1 janvier 2010 5 01 /01 /Jan /2010 20:35

feu artifice bonne annee eiffel
Seul devant la télé, les fesses bien enfoncées dans son canapé, Gérard, quarante cinq ans, zappe d’une chaîne à l’autre. Là, les danseuses d’un grand cabaret parisien s’exhibent à moitié nues pour le plaisir des spectateurs venus nombreux pour les admirer et passer une soirée inoubliable à l’occasion du passage à la nouvelle année. Ailleurs, on rediffuse, pour la cent millième fois, des chansons qui ont marqué toute une époque – du moins c’est de cette façon que cela est présenté- ou alors les meilleurs moments de télé de cette année qui s’achève.

Gérard, qui vit seul depuis des années, a l’impression d’avoir déjà vécu ce moment. C’est toujours la même chose, seuls les présentateurs changent. Il aurait bien voulu sortir ce soir mais ses amis fêtent tous ce réveillon de la Saint Sylvestre en famille. A vrai dire, aucun ne l’a vraiment invité. En outre, passer cette soirée à l’extérieur est hors de prix. Et quel intérêt y a-t-il à sortir seul ?

Alors, il est condamné à rester devant la télé. Il s’est fait livrer une pizza et, pour fêter l’évènement, a débouché une bouteille de soda, ce soda pétillant de couleur noire dont même les enfants raffolent. « Cuvée 2009 ! C’est une bonne année. », s’est-il dit en l’ouvrant. « A la tienne, Gégé ! »

23 h 59, le moment tant attendu approche. Sur toutes les chaînes, tout le monde est prêt pour le décompte. On sent monter une excitation d’une rare intensité. Aux douze coups de minuits, les cotillons volent et les gens –on les voit dans la rue, sur l’Avenue des Champs Élysées- exultent de joie et s’embrassent les uns les autres. Le champagne, apporté pour l’occasion, coule à flots pour ce moment exceptionnel.

Emu devant cette allégresse partagée, Gérard, la télécommande dans une main et un verre de soda dans l’autre, ne peut s’empêcher de verser une larme. Il aurait tant aimé partagé ce moment avec sa famille, ses proches. Mais, comme chaque année, il a été « oublié » par tous.

Bien entendu, il recevra des textos de la part de tous lui souhaitant de passer une très bonne année. « Que cette nouvelle année soit placée sous le signe du bonheur. » Ou alors « Que cette nouvelle année t’apporte santé, chance, bonheur, réussite et prospérité. » Ou bien encore « Que cette année voit tous tes désirs se réaliser. » Cela lui faisait chaud au cœur les premiers temps mais aujourd’hui il sait que la plupart des gens envoient des SMS à tous leur répertoire téléphonique sans faire de distinction et sans savoir réellement à qui ils ont envoyé leurs vœux. C’est malheureusement un automatisme dans la majorité des cas.

 

De plus, Gérard est un homme qui préfère le contact. C’est pourquoi, il pleure sur son sort en pensant qu’il fait partie des « oubliés de la vie » sans réellement en connaître la raison, ces personnes auxquelles on pense quand on a un moment. Ces personnes dont on prend des nouvelles une fois par an. Ces personnes dont on ne sait pas si elles sont encore vivantes ou si elles sont déjà passées à trépas. Ces personnes dont on ne sait pas si elles sont en bonne santé, si tout va bien dans leur vie. Ces personnes dont la mort n’attristerait pas l’entourage. Ces personnes qui vivent leur vie en solitaire car les autres en ont décidé ainsi, car les autres ne s’en préoccupent guère ne les jugeant pas dignes d’intérêt.

Il se dit qu’il n’est pas le seul dans ce cas mais cela ne le rassure pas du tout. De toute façon, il n’aime pas l’hypocrisie ni les faux semblants. Il lève alors son verre et se dit « Bonne année, Gégé !».

Par youssef
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